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mardi 29 septembre 2026

Les prisonniers soviétiques morts en France sous l'Occupation

Les prisonniers soviétiques morts en France sous l'Occupation

Les prisonniers soviétiques morts en France sous l'Occupation

Une histoire longtemps restée dans l'ombre.
Entre 1941 et 1945, des prisonniers de guerre soviétiques furent transférés vers la France occupée et utilisés comme main-d'œuvre forcée dans les mines, la sidérurgie, l'industrie et l'agriculture. Certains moururent dans les camps, d'autres sur les lieux de travail ou dans les lazarets.

Le cas le plus connu est celui du Ban-Saint-Jean, en Moselle, où des centaines de milliers de prisonniers transitèrent avant d'être répartis dans différents groupes de travail.
Une précision essentielle sur les chiffres :
Le chiffre de 300 000 souvent cité ne correspond pas à 300 000 morts. Il correspond au nombre de prisonniers soviétiques qui auraient transité par le Ban-Saint-Jean entre 1941 et 1944.

Le nombre total de Soviétiques morts en France pendant la guerre reste beaucoup plus difficile à établir.

1. Des soldats de l'Armée rouge capturés par l'Allemagne

Après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie le 22 juin 1941, des millions de soldats soviétiques furent faits prisonniers.

Leur situation fut particulièrement dramatique. Les autorités allemandes ne leur appliquèrent pas les mêmes conditions que celles réservées à de nombreux autres prisonniers de guerre. Famine, froid, maladies, absence de soins et violences provoquèrent une mortalité considérable.

Lorsque l'économie allemande eut besoin de davantage de travailleurs, une partie de ces prisonniers fut affectée à l'industrie et aux mines. Des contingents furent ainsi envoyés vers l'Ouest, notamment en Lorraine et dans d'autres régions françaises contrôlées par l'Allemagne.

L'Encyclopédie multimédia de la Shoah décrit notamment les conditions catastrophiques imposées aux prisonniers soviétiques : manque de nourriture, vêtements insuffisants, absence d'abris et épidémies.

Source : United States Holocaust Memorial Museum – Le traitement des prisonniers de guerre soviétiques

2. Pourquoi les envoyer en France ?

La Lorraine occupée possédait une industrie particulièrement importante pour l'économie de guerre allemande : mines de fer, charbon, sidérurgie, ateliers et usines.

Les prisonniers soviétiques furent donc employés comme travailleurs forcés dans différents secteurs. Les recherches menées aujourd'hui montrent notamment leur présence dans les mines et les établissements industriels de Lorraine.

Les Archives départementales de Meurthe-et-Moselle ont consacré le 4 avril 2025 une journée d'étude aux « Prisonniers de guerre soviétiques en France (1941-1945) ». Elles indiquent que Russes, Biélorusses, Ukrainiens et Baltes furent employés dans les usines sidérurgiques, les mines de fer et l'agriculture.

Archives départementales de Meurthe-et-Moselle – Journée d'étude 2025

3. Le Ban-Saint-Jean : le principal lieu de mémoire

Le camp du Ban-Saint-Jean, situé près de Denting et Boulay en Moselle, fut utilisé par les autorités allemandes comme camp de prisonniers soviétiques.

Le site faisait partie du système du Stalag XII-F, dont le camp principal se trouvait à Forbach. De nombreux prisonniers étaient ensuite répartis dans des groupes de travail.

Selon les sources locales et les archives citées par les historiens, environ 300 000 prisonniers soviétiques auraient transité par le Ban-Saint-Jean entre 1941 et 1944.

Ils étaient ensuite envoyés vers différents lieux de travail, notamment les mines de fer et de charbon.

Source : Office de tourisme de Saint-Avold – Ban-Saint-Jean

4. Le chiffre controversé des 20 000 morts

C'est ici que l'histoire devient particulièrement difficile à établir.

À la Libération, un immense ensemble de fosses communes fut découvert à proximité du camp. Une commission française et soviétique enquêta sur le site en novembre 1945.

Les estimations de cette commission conduisirent à avancer le chiffre d'environ 20 000 corps dans le principal charnier du Ban-Saint-Jean.

À proximité, environ 3 600 morts étaient également associés à l'ancien cimetière juif de Boulay, réquisitionné pendant la guerre.

Ces chiffres furent largement repris dans la mémoire locale et dans la presse de l'époque.

Mais il faut être prudent :
les 20 000 victimes constituent une estimation réalisée après la guerre. Elles n'ont pas été identifiées individuellement et l'état des fosses rendait tout comptage précis extrêmement difficile.

Une opération beaucoup plus tardive, réalisée en 1979 et 1980, permit d'exhumer 2 879 corps du site du Ban-Saint-Jean. Ces restes furent transférés à la nécropole soviétique de Noyers-Saint-Martin, dans l'Oise.

Source officielle : Assemblée nationale – Question concernant le camp du Ban-Saint-Jean

5. Pourquoi 20 000 et 2 879 ne correspondent-ils pas ?

Cette différence constitue l'un des aspects les plus intéressants de l'histoire du Ban-Saint-Jean.

Le chiffre de 20 000 correspond à une estimation du nombre de corps présents dans les charniers effectuée immédiatement après la guerre.

Les 2 879 correspondent au nombre de corps effectivement retrouvés et exhumés lors des opérations de 1979-1980.

Il serait donc incorrect de transformer automatiquement les 2 879 corps exhumés en « bilan définitif des morts du Ban-Saint-Jean ». Mais il serait tout aussi imprudent de présenter les 20 000 comme un nombre définitivement démontré.

C'est précisément cette différence entre estimation historique, corps retrouvés et bilan réel des décès qui doit être expliquée dans tout article consacré au sujet.

6. Forbach : le Stalag XII-F

Le Ban-Saint-Jean n'était pas un lieu isolé.

Le Stalag XII-F était installé dans le secteur de Forbach et disposait de nombreux groupes de travail extérieurs.

Les documents disponibles montrent l'importance numérique des prisonniers soviétiques dans ce secteur.

Au 1er septembre 1943, les statistiques citées pour le Stalag XII-F font notamment apparaître plus de 23 000 prisonniers soviétiques.

Ces hommes étaient répartis dans de nombreux Arbeitskommandos, c'est-à-dire des groupes de travail dépendant du camp.

Voir également : Ministère des Armées – Nécropole nationale de Metz-Chambière

7. Metz, Woippy et les camps industriels

D'autres prisonniers soviétiques furent employés dans le secteur de Metz.

Le ministère des Armées indique notamment que les camps de Forbach et Woippy furent utilisés pour des prisonniers soviétiques employés comme main-d'œuvre.

Les corps de certains de ces prisonniers furent retrouvés plusieurs décennies après la guerre dans des charniers.

Ils furent ensuite regroupés dans différents ossuaires, notamment à Metz-Chambière.

8. La Lorraine industrielle

Le phénomène dépassait largement le seul Ban-Saint-Jean.

Les prisonniers soviétiques furent employés dans différents secteurs industriels de Lorraine et de l'Est de la France.

La journée d'étude organisée par les Archives départementales de Meurthe-et-Moselle en 2025 rappelle notamment leur présence dans :

  • les mines de fer ;
  • les installations sidérurgiques ;
  • les usines ;
  • l'agriculture ;
  • différents groupes de travail dépendant des stalags.

La recherche historique actuelle cherche notamment à reconstituer le parcours individuel de ces hommes : morts, évadés, résistants, rapatriés ou survivants.

9. Le Nord et le Pas-de-Calais

La Lorraine n'était pas la seule région concernée.

Des prisonniers soviétiques furent également employés dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

Des lieux comme Bruay-en-Artois, Marles, Courrières et Beaumont-en-Artois apparaissent dans les recherches et témoignages consacrés aux prisonniers soviétiques employés dans les mines.

Certains prisonniers soviétiques réussirent à s'évader et rejoignirent ensuite la Résistance française.

L'un des noms les plus connus est celui de Vassyl Poryk, officier soviétique évadé devenu responsable d'un groupe de résistants soviétiques dans le bassin minier.

10. La nécropole soviétique de Noyers-Saint-Martin

Un élément particulièrement important pour comprendre l'ampleur du phénomène se trouve dans l'Oise.

À la fin des années 1970, l'État français décida de regrouper dans une même nécropole les restes de soldats et prisonniers soviétiques dispersés dans plusieurs régions de France.

La nécropole de Noyers-Saint-Martin regroupe à l'origine 4 598 corps :

  • 78 sépultures individuelles ;
  • 4 520 corps placés dans des ossuaires.

Selon la commune de Noyers-Saint-Martin, ces dépouilles sont principalement celles de prisonniers soviétiques employés dans l'industrie lourde et auparavant enterrés en Alsace et en Lorraine. La nécropole comprend également des Soviétiques morts dans les rangs de la Résistance.

Commune de Noyers-Saint-Martin – Nécropole soviétique

11. Alors, combien de Soviétiques sont-ils morts en France ?

La réponse honnête est : nous ne disposons pas d'un chiffre national définitif.

Le chiffre de 300 000 ne doit pas être utilisé comme nombre de morts : il désigne le nombre de prisonniers ayant transité par le Ban-Saint-Jean.

Nous disposons en revanche de plusieurs repères documentaires :

Chiffre Ce qu'il représente
≈ 300 000 Prisonniers soviétiques ayant transité par le Ban-Saint-Jean selon les sources historiques citées.
≈ 20 000 Estimation de 1945 concernant les corps présents dans les principaux charniers du Ban-Saint-Jean.
2 879 Corps effectivement exhumés au Ban-Saint-Jean en 1979-1980.
4 598 Corps regroupés à l'origine dans la nécropole soviétique de Noyers-Saint-Martin.
3 600 Victimes associées au cimetière de Boulay dans les sources concernant le Ban-Saint-Jean.

Ces nombres ne peuvent pas être simplement additionnés : ils ne désignent pas nécessairement les mêmes populations ni les mêmes périodes de comptage.

12. Une mémoire longtemps marginalisée

L'histoire de ces prisonniers est particulièrement complexe.

Une grande partie d'entre eux étaient ukrainiens, russes, biélorusses, baltes ou originaires d'autres républiques de l'Union soviétique.

Après 1945, leurs dépouilles furent progressivement regroupées, mais la mémoire de ces hommes fut également prise dans les enjeux politiques et mémoriels de l'Europe de l'Est et de l'Union soviétique.

Le Ban-Saint-Jean constitue ainsi non seulement un lieu de mémoire de la captivité soviétique, mais aussi un exemple des difficultés rencontrées lorsqu'on cherche à établir précisément le bilan humain d'un système de travail forcé.

13. Documents historiques et archives à consulter

Archives départementales de Meurthe-et-Moselle

Une journée d'étude consacrée spécifiquement aux prisonniers soviétiques en France s'est tenue en 2025. Les interventions et documents associés constituent une excellente porte d'entrée vers la recherche récente.

Consulter les travaux et interventions

Service historique de la Défense

Le SHD conserve notamment des dossiers concernant le rapatriement des Soviétiques présents en France en 1945.

Dossier GR 4 Q 9 – Rapatriements des Soviétiques se trouvant en France

Archives nationales

Les Archives nationales conservent des fonds relatifs aux prisonniers de guerre, aux victimes militaires, au rapatriement et aux administrations françaises chargées de ces questions.

Archives nationales – Prisonniers et victimes militaires

Nécropole de Noyers-Saint-Martin

La page officielle de la commune donne l'histoire de la nécropole et son nombre de corps.

Nécropole soviétique de Noyers-Saint-Martin

Ministère des Armées – Chemins de mémoire

La documentation officielle du ministère permet notamment de replacer les camps de Moselle dans le système concentrationnaire et militaire allemand.

Nécropole nationale de Metz-Chambière

United States Holocaust Memorial Museum

Une documentation détaillée est consacrée au traitement des prisonniers de guerre soviétiques par l'Allemagne nazie.

USHMM – Prisonniers de guerre soviétiques

14. Archives audiovisuelles et vidéos historiques

INA – La guerre : repli sur le front de l'Est

Images d'archives de 1943 montrant notamment des convois et des colonnes de prisonniers sur le front de l'Est.

Voir la vidéo sur INA

INA – Libération d'Auschwitz-Birkenau

Archives soviétiques filmées lors de la découverte du camp en janvier 1945. Ces images ne concernent pas directement les camps français, mais permettent de comprendre le contexte général de la captivité et de la politique nazie envers les Soviétiques.

Voir les archives sur INA

INA – Les Malgré-Nous

Documentaire consacré aux Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans l'armée allemande et revenus de captivité soviétique. Cette archive permet de replacer l'histoire des prisonniers soviétiques dans la mémoire particulière de l'Alsace-Moselle.

Voir le document INA

15. Pour aller plus loin

Le Ban-Saint-Jean mérite une étude particulière : l'histoire du camp, les témoignages des habitants, les photographies d'après-guerre, les rapports de la commission franco-soviétique, les fouilles de 1979-1980 et le transfert des restes à Noyers-Saint-Martin permettent de comprendre pourquoi les chiffres restent aussi difficiles à établir.

La recherche actuelle ouvre également un autre champ : celui des prisonniers soviétiques employés dans les mines et les usines de Lorraine, mais aussi dans le Nord et le Pas-de-Calais.

Une histoire à reconstruire

L'objectif n'est pas de remplacer un chiffre spectaculaire par un autre chiffre, mais de retrouver les hommes qui se cachent derrière les statistiques.

Ils furent des centaines de milliers à être capturés sur le front de l'Est. Une partie d'entre eux fut envoyée en France, où beaucoup travaillèrent jusqu'à l'épuisement dans les mines et les usines de l'économie de guerre allemande.

Certains moururent dans les camps. D'autres dans les lazarets. D'autres encore sur les lieux de travail. Beaucoup furent enterrés anonymement dans des fosses communes.

Aujourd'hui encore, les archives permettent de retrouver progressivement leurs traces.

Article préparatoire – sources principales : Archives nationales, Service historique de la Défense, Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, Ministère des Armées, Commune de Noyers-Saint-Martin, United States Holocaust Memorial Museum et sources historiques locales.

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